Image associée à l’article :

Musique associée à l’article :
Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.
Suite … (Cette article fait suite à un autre, plus personnel que vous pouvez retrouver dans la rubrique «Pages» à droite – “L’art de la glande (avec panache)”.)
Mais quelle est donc leur vie, quelle est la vie de plusieurs millions de personnes? Pour le boulot comme pour la vie affective, il y a un mot qui réconforte : la sécurité. Je ne vous parle pas de la sécurité de l’emploi, les gens dont je parle ne l’ont pas sur le papier, mais dans la pratique. Ce qu’ils veulent c’est un confort régulier. Aucune aspérité dans le quotidien.
Jean-Louis Granchant a 49 ans, et depuis 25 ans, sa cravate Mickey est le seul signe de fantaisie (et de bon goût) qui le définit. Pour le reste, c’est un être indéfini. Un caméléon. Impossible de le remarquer. Il a troqué le plaisir de vivre, le risque de l’inattendu, contre le confort de n’avoir aucun souci.
Chaque jour se ressemble, et pourvu que demain soit encore pareil.
Simone est moche, elle a peu d’intérêt, mais Jean-Louis sait qu’elle ne partira pas. C’est un deal gagnant-gagnant entre deux loosers. Elle sait qu’elle ne peut plaire à personne, que sa vie est finie depuis l’âge de 25 ans, et qu’une longue attente de 50 ans la sépare de la fin. Jean-Louis sait qu’il la retrouvera chaque soir, dos à lui et face au roti de porc qu’elle lui prépare. Elle ne risque pas de se barrer, sans lui elle n’est rien.
Le matin, Jean-Louis prend son attaché case (comme 10 millions de personnes), ferme la porte de son pavillon résidentiel aux couleurs pastels (comme 12 millions de personnes) située «rue des tilleuls bleus», sur laquelle est écrit son nom et celui de sa femme, gravé dans une planche en bois que le petit Julien leur avait offert en CP (comme 5 millions de personnes).
Il dit bonjour à Jean Lambert qui sort aussi au même moment de sa même maison avant de monter dans sa même voiture. Il n’iront pas dans le même bureau, Lambert n’est pas dans l’immeuble bleu, ni dans l’immeuble vert. Jean Louis non plus. Car Lambert de Jean Louis sont dans les bâtiments préfabriqués X-1 et J-4. Vert et bleu, ils n’y font plus attention. Le gris est leur couleur préférée…
Comme chaque matin, comme chaque matin, comme chaque matin… Une mise en abîme à laquelle on rajoute un instance chaque jour. Un trou dans lequel on tombe en regardant chaque mètre de chute comme une défaite contre la morosité, et qui devient plus insurmontable seconde après seconde.
Mais Jean Louis le sait. Il le sait depuis le début, depuis ce jour ou il a signé pour ce job, le jour ou il a consciemment accepté cette vie comme étant meilleure, il savait exactement à quoi il renonçait. Il ne peut pas se mentir à lui même et dire que c’est le destin, c’est bien lui qui a choisi ça.
Lorsqu’il arrive à son bureau, la télé noir et blanc s’allume… sauf pour les cravates. Le malaise de Jean Louis s’atténue car tout le monde lui ressemble et inversement. Il se sent alors «normal», et préfère comparer sa vie à celle des autres et se dire «qu’il est pas si mal» plutôt que de comparer sa vie à ce qu’il aurait voulu en faire. S’il y avait une mention à mettre sur la copie de sa vie, j’écrirais «médiocre».
Au bureau, on ne se fatigue pas trop. On ne parle que boulot. De toute façons le il n’y a rien d’autre à dire. La bonne vieille blague du dossier Rodriguez fait toujours rire à la 16 ème pause café.
Allez, vivement ce soir… y a les «100 plus grandes gamelles» avec Dechavanne sur TF1. Bonne soirée à tous.
Jean Louis.


Jeudi, juin 3rd, 2010, 22 h 46 min | 



Commentaires récents